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Comment ? Mais comment ?

24 Nov

Il y a 2 mois, j’ai découvert cet essai sur le site Issuu via Vanessa *motion designer*, qui me l’avait recommandé. En effet avec un titre alléchant, Comment réussir dans le milieu du graphisme en trois semaines seulement a tout de suite éveillé curiosité et perplexité… mais ça c’était avant de le lire, et donc, de découvrir que Comment réussir dans le milieu du graphisme en trois semaines seulement est avant tout un essai rigolol.

Couverture essai

Exercice de style
Juin 2010. Strasbourg. ESAD. Julia Coffre y prépare un DNSEP (Diplôme national supérieur d’expression plastique) et achève son mémoire.

CRDLMDGETSS (héhé) est un pied de nez d’un peu moins de 100 pages, un anti-code de conduite truffé de références qui font de lui une satire rafraîchissante.

Le manuel compile un bon nombre d’événements familiers à toute personne exerçant une activité de graphiste. C’est un peu le même concept que webAgencyFAIL : se nourrir d’anecdotes désopilantes du quotidien et en rire plutôt qu’en pleurer. Plus fort encore : Julia Coffre en tire la substance créatrice de son mémoire. Balèze.

L’ouvrage se plie aux lois du genre : éminentes références (Paul Rand, Josef Müller Brockmann, Paul Arden, …) conseils, exercices pratiques, témoignages, tests de personnalité; tout ce qui fait un bon livre de développement personnel, usage de formules-bateau à la clé : « des conseils simples, des recette avisées, des exemples concrets ». Éditions Marabout, j’écoute ?

L’élégante mise en page, en toute sobriété, de ce programme en 3 chapitres contraste délicieusement avec la légèreté du sujet. L’auteure en donne elle-même le ton : le programme du 20è jour  est « amusez-vous! » et la recette est simple : « Parlez de chose sérieuses avec légereté et de choses légères avec sérieux ».  Tout est dit.

Le graphiste, cet être si sérieux et si fragile à la fois
Petit rappel tout ceux qui n’auraient pas suivi : aujourd’hui, tout le monde est désormais graphiste ou tout le monde veut l’être, mais attention : n’est pas bon graphiste qui veut! Il convient de se poser les bonnes mauvaises questions afin de conquérir le monde devenir un bon graphiste facilement :

« Si vous voulez être graphiste parce que vous sentez que vous avez une aptitude artistique ou que vos amis vous complimentent sur cette carte d’invitation que vous avez faite pour votre oncle, alors en effet, vous avez peut-être un petit quelque chose. »

« Ce n’est pas parce que votre maman « adooooore » l’invitation de pendaison de crémaillère que vous lui avez fait sur Word l’année dernière, que quelqu’un va vous donner de l’argent pour ça. »

Je ne sais pas vous, mais moi j’aime bien l’humour potache :

« Si vous ne trouvez pas votre mentor, cet ouvrage est une excellente référence à garder auprès de vous qui prendra entièrement ce rôle, la mauvaise haleine en moins. »

« (Toutes les indications (…) sont inspirées de faits réels et toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serai nullement fortuite). »

En prime, vous trouverez un petit test très Femme Actuelle pour savoir si vous êtes plutôt un graphiste du dimanche, « celui qui a été désigné par ses collègues pour faire la carte de vœux de l’entreprise parce qu’il sait utiliser Photoshop » ou si vous êtes plutôt le type qui travaille en studio de graphisme, sous-catégorie « celui qui fait ça pour apprendre et partira à son compte dans 5 ans » :

Quelle est la meilleure idée que vous ayez eue ?
a) vous ne la dites pas, on risquerait de vous la voler
b) vous ne vous en souvenez plus, vous l’avez déjà communiquée à un ami qui est en train de la réaliser
c) vous en avez plein, juste pas assez de temps pour les exploiter toutes
d) d’avoir mis du bleu là

Toutes ces petites piques sentent bon le vécu. C’est plus que sa vision du milieu du graphisme que partage avec nous Julia Coffre, c’est aussi son expérience, avec des travers que connait tout graphiste, que ce soit dans le cadre professionnel ou privé :

« Les personnes qui partagent votre logement (…) pourront bien comprendre que le livre que vous venez d’acheter et que vous ajoutez au bout de la cinquième étagère installée dans la cuisine – parce qu’il n’y a plus de place dans la salle de bain – vous est absolument in-dis-pen-sable. »

« Vous (…) acceptez de ne jamais recevoir immédiatement les photos en bonne définition, ni les textes définitifs – et ceux-ci jamais regroupés dans un seul courriel mais répartis sur une trentaine d’envois qui s’intituleront successivement : version_définitive, puis dernière_version_définitive et dernière_version_définitive_correction, etc. »

Avec la révélation de la check-list post projet de l’ouvrage, la complicité est à son comble, à tel point que j’ai bien envie d’inviter l’auteure à une session brainstorming afin de grignoter des bretzels et boire des bières (pas trop près du clavier, comme enseigné dans le guide). De toutes façons, une personne qui considère les bretzels comme équipement incontournable du graphiste et qui tourne doucement Google en dérision tout en critiquant les couchers de soleil ne peut être que la réincarnation du Christ. (alerte spoiler).

Plus d’un passage rassureront les plus débutants d’entre nous, surtout niveau relation-client. Les choses peuvent très bien se passer… si on sait à quoi s’attendre, pour peu qu’on se laisse prendre au jeu et qu’on prenne avec légèreté tous ces aléas tellement typiques du poste de graphiste.

Je ne dirai rien de plus, car l’ouvrage se lit très bien tout seul et comme dirait l’auteure : « Il est toujours préférable de donner le matériel de pêche plutôt que le poisson lui-même ».

Est-il nécessaire de souligner que l’ouvrage se termine par un point d’ironie ؟ *

Le manuel est consultable sur Issuu.

* Ceci n’est pas le point d’ironie que je voulais mettre, celui que je voulais mettre ne passe pas. Le voici en image :

point d'ironie

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Le livre dont vous êtes le guitar hero

22 Sep

Chaque jour depuis que je l’ai rencontré, je veux crier tout l’amour que j’ai pour lui sur tous les toits.

Music Listography book

Je suis tombée dessus il y a quelques mois chez Artazart. Je n’ai pas pu résister. Il me satisfait sur le plan intellectuel, culturel et physique.

Il y a 2 techniques officielles pour le remplir :

  1. Technique n°1: on prend un soin infini à la tâche. On commence une liste réfléchie et basée sur de multiples écoutes et réécoutes des morceaux soumis à l’examen (morceaux qui figurent déjà très certainement dans un répertoire  appelé Soundtrack of my life ou quelque chose comme ça). On note au crayon de papier dans un premier temps, puis une fois qu’on est sûr à 100%, au moment d’inscrire ce choix dans le marbre de notre vie musicale, on prend un stylo, et, de sa plus belle plume, on inscrit le nom du digne groupe/album/artiste/etc. qui se voit accorder un hommage sans comparaison : celui de figurer sur LA liste.
  2. Technique n°2 : le craquage à coup de style feutre et de ratures, rayures, barrages, réécriture par dessus, avec des fautes dans les noms de groupes (je mets « the » ou pas?), dans les dates : rock’n’roll!

J’ai testé pour vous la technique n°1. Avant de décider que c’était trop long et de craquer pour la 2, avec une once de regret… ce qui m’a amenée à créer la technique n°3 (haha!) : on se fait des listes numériques. Sous excel ou word, mais moi j’ai choisi le html + css. Parce qu’à ce moment-là j’apprenais les formats de listes (ul, li, tout ça…) et que ça tombait à point nommé pour me faire la main. Autant joindre l’utile à l’agréable.

Certes, c’est un peu de la triche, ça ne respecte pas vraiment le principe de la réflexion qui précède la rédaction de la liste. La maîtrise des listes est un art qui se perd. Bref.

Pour en revenir à Music Listography: Your life in (play)list, je disais donc être comblée. Déjà parce que les listes proposées, plus de 60 comprenant chacun 20 lignes, sont un subtil mélange

  • de grands classiques pour quiconque est amoureux de musique (chansons pour votre enterrement, meilleures pochettes d’album, artistes qui joueraient à votre festival idéal);
  • de bonnes références culturelles (passages musicaux préférés dans les films, meilleures B.O., vos icônes mode favorites dans la musique, meilleurs clips, moments que vous n’oublierez jamais dans l’histoire de la musique);
  • de madeleine de Proust (premiers albums achetés, ce qu’écoutaient vos parents quand vous étiez petit, vos chansons du lycée, vos noms de groupes réels ou fictifs, les amis avec qui vous jouiez de la musique, une chanson qui vous rappelle chacun de vos amours);
  • et de bonnes grosses colles et autres pistes d’investigation (les genres à explorer un jour, les chansons qui font référence à vos origines, les chansons sur lesquelles vous feriez un strip tease, les paroles de chansons qui vous servent de conseil, les artistes pour lesquels vous auriez été volontiers choriste ou danseur, vos découvertes musicales les plus obscures).

De plus, le livre n’est pas qu’un objet de désir intellectuello-branchouillo-indie-musical. Il est aussi très beau (il y  a même un marque-page cousu au livre), grâce au travail d’illustration de Michael Gillette. Il s’est particulièrement appliqué à reproduire des détails de ses propres souvenirs.

Listography : T. Rex, Electric Warrior

T. Rex, Electric Warrior

Listography : My Bloody Valentine, Loveless

My Bloody Valentine, Loveless

Tout ceci me permet d’affirmer que : OUI, la playlist est un art à part entière, une discipline qui requiert une grande minutie. Je sais qu’on pourrait me prendre pour une folle mais il me suffit de repenser au film/livre High Fidelity et je me sens moins seule.


J’ai commencé à le remplir sérieusement, et certaines listes avancent même plutôt bien tandis que d’autres sont désertiques.

Best covers

Listez les meilleures pochettes d'album jamais créées. Typiquement le genre de liste qui me terrasse : trop de possibilités, trop de choix cornéliens qui remettraient en question les bases fondamentales de mon moi! D'où la page blanche.

Certains trouveront l’exercice trop fastidieux, mais perso c’est maintenant que le plaisir commence. Le plaisir d’écouter les chansons autrement, en se disant « tiens celle-là je vais la mettre dans telle liste », de redécouvrir certaines chansons qui prennent une coloration nouvelle dans le spectre des souvenirs… La joie la plus grande réside dans le fait qu’il est difficile, voir impossible, de terminer une liste, ce qui signifie qu’on a encore des tonnes de chansons à écouter, à découvrir, à apprécier, des tonnes de concerts à voir, des centaines de paroles à écouter, des heures et des heures de recherche et de découverte de nouveaux sons. On se demande de quoi son futur musical sera fait. Avoir Music Listography: Your life in (play)list pour livre de chevet, c’est la garantie d’une histoire qui ne se terminera jamais.

Listography est maintenant un site où l’on peut partager ses listes, ce qui faisait défaut à mon sens et qui vient tout juste d’être réparé.

Prochaine étape : le cahier de coloriage indie rock, qui comporte lui aussi de bien belles images et fait la part belle aux groupes indés.

Indie-Rock-Coloring-Book-Cover

Vous trouverez d’autres idées de livre dans le même style dans cet article de Brain Picking.