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50 nuances de gris intrinsèque

16 Oct

Eigengrau. C’est le nom de la couleur que discerne l’œil lorsque règne l’obscurité totale. Et c’est de l’allemand. Ce n’est pas Eigenschwarz, mais Eigengrau. Il ne fait donc pas tout noir lorsqu’il n’y a aucune lumière, il fait tout gris. Il ne fait pas #000000, mais il fait #16161D. Tu peux l’appeler auto-gris aussi si tu le souhaites.

Eigengrau Bäbä

« Noir c’est gris »

De multiples questions se posent :

1) de quand date cette découverte ?

2) comment est-il possible qu’un mot allemand ait été choisi pour ce phénomène optique (et soit resté le mot d’usage consacré) ?

3) ai-je le droit de vouer un culte éternel à ce mot (que j’ai déjà rangé à côté de mon autre mot allemand préféré : Eitelkeit) ?

Vous avez 3 heures.

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intertitres.org : texte blanc sur fond noir*

8 Nov

C’était il y a 3 mois environ, intertitres.org entrait dans ma vie sans crier gare. Je n’ai rien vu venir : du noir, du blanc, des phrases qui ne font aucun sens : BOOM ! Intertitres.org unit la froideur graphique minimaliste et la décontextualisation pour le meilleur et pour le pire. Et mon cœur a fait schplouick.

Je m'écroule en moi-même

Vider les mots, ces vecteurs suprêmes de sens, de leur signification, ne plus en faire des messages mais les transformer en instances, voilà un peu se qui se cache derrière intertitres.org.

Il n’y a rien de plus drôle que la décontextualisation, car elle n’a pas besoin de référence ou de culture. Les mots existent par et pour eux mêmes, et créent, en se combinant plus ou moins mal les uns avec les autres, la surprise, le rire, l’incompréhension, l’absurde : une pause bien méritée dans la quête de sens quotidienne qu’est la vie, cette bitch.

Réfléchir avant de fléchir

Il doit y avoir comme un système

Reprenons depuis le début : un intertitre classique au cinéma muet est un texte fixe, traditionnellement en blanc sur fond noir, qui s’insère entre 2 images et vient compléter et donner du sens pile poil là où l’absence de dialogue aurait pu semer la confusion. Ça bouchait un trou de sens quelque part.

Intertitre pour Nosferatu

Nosferatu : «Vous venez de vous blesser… Ce sang précieux !»

Avec intertitres.org, c’est l’inverse qui se produit : ces intertitres ne sont plus là pour lier des événements en leur apportant une signification. Ils arrivent comme un cheveu sur la soupe, semant incompréhension et confusion, telle une parfaite introduction au chaos.

C’est jouissif, surtout quand on est adepte de la danse des mots. J’ai pas pu m’empêcher d’y aller de ma modeste contribution.

Ma contribution : Tes paupières sont à Lourdes

J’ai eu envie d’en savoir plus, sur eux, intertitres.org. Sur Julien et Arthur plus précisément, qui ont accepté de répondre à mes questions dans une interview chic, une interview choc.

Non je déconne, c’est bidon.

Intertitres.org : qui sont-ils ? Quels sont leurs réseaux ? C’est maintenant…

Salut intertitres.org. Qui es-tu ? D’où viens-tu ?
Julien/Arthur : Nous sommes deux futurs jeunes trentenaires parisiens travaillant dans l’internet et les médias.

Idéalement à qui (revue, célébrité des arts graphiques, chien savant) rêveriez-vous de donner une interview ?
Sans hésitation, Tom Tucker.


(Je fais la maligne, mais j’avais absolument aucune idée de qui ils parlaient là)

Comment ça a germé dans vos têtes, une idée pareille ?
C’est parti d’un échange d’e-mail sous cette forme d’intertitre (typo blanche sur fond noir) en  mai 2010. Nous nous connaissons depuis 25 ans et avons donc élaboré ensemble un langage particulier, rempli de phrases à nous et de slogans stupides. Le lien entre le fond et la forme s’est vite fait. Julien s’étant fait les dents sur quelques tumblrs à ce moment, le site fut vite monté et le temps d’un repas chez Yo Sushi (sushi bar au UK, «ndlr») nous avions déjà quelques mois de publications préparées. Le reste est venu au fur et à mesure entre nos propositions personnelles et celles de notre entourage.

Une vraie passion du cinéma muet se cache-t-elle au fond de vos petits cœurs (c’est pas la honte de répondre oui, on pourra fonder un club et regarder Le Cabinet du Docteur Caligari tous ensemble) ?
L’intertitre n’est pas seulement réservé au cinéma muet. De nombreux réalisateurs ont continué à l’utiliser pour délimiter des parties dans leurs films. Woody Allen en fait d’ailleurs souvent usage par exemple dans Hannah et ses sœurs où il cite un poème de E. E. Cummings.
Pour répondre à la question : on a plus été inspiré par un certain cinéma expérimental, même si on aime bien The Artist.

Le Cabinet du Docteur Caligari - «Réveillez-le !!»

Les intertitres faits main dans Le Cabinet du Docteur Caligari – «Réveillez-le !!». Pas grand chose à voir avec l’intertitre classique, n’est-ce pas ? Clique sur la vignette pour les voir en action.

Au fond, pourquoi c’est si drôle, intertitres.org ?
Ce qu’on trouve intéressant, c’est que chaque personne a sa propre interprétation d’un intertitre. Parfois, la source n’est pas drôle du tout, mais sortie de son contexte la phrase devient très drôle. Les gens vont donc aimer un intertitre pour des raisons complètement différentes, ils apportent leur point de vue et se l’approprient.

Pendant Des Chiffres et des Lettres, vous attendiez plutôt Le Mot le plus Long ou Le Compte Est Bon?
On était trop occupé à regarder des films pour regarder Des Chiffres et des Lettres.

La typeface utilisée ressemble à du Century Gothic à laquelle on aurait greffé de nouveaux accents. Pouvez-vous nous donner des détails là-dessus ou est-ce confidentiel  ?
Ce n’est pas du Century Gothic, mais nous n’en dirons pas plus… \o/

intertitre.org inédit exclussif

Ligne du haut : typographie super secrète d’intertitres.org / ligne du bas : Century Gothic. Zoome donc un peu et check le C, le E et le N. Tu l’as ?

Qu’est-ce que le Creative Commons et pourquoi vous avez opté pour lui ? Quels sont les avantages pour intertitres.org ?
Creative Commons veut dire que les gens peuvent utiliser nos images du moment qu’ils ne la déforment pas et qu’ils ne l’utilisent pas de manière commerciale. L’avantage pour nous est d’être repris en illustration dans différents articles et du coup d’avoir plus de visibilité.

Merci de bien vouloir nous révéler le mot qui vous amuse le plus.
Pour ce qui est de nos mots préférés, on aime les mêmes, bien entendu : Bourse, Chapitre, Soulier, Pupitre, Exergue, Drastique, Guêtre.

Lui c'est le héros principal

intertitres.org a lancé sa boutique en ligne (posters & tote bags) : http://www.etsy.com/shop/Intertitres. Clique sur la vignette pour y accéder.

Je leur ai également demandé s’ils savaient déjà les mots qu’ils souhaiteraient faire graver sur leur tombe (vazy ça se fait trop pas), ce à quoi ils ont répondu qu’ils n’avaient pas prévu de mourir pour l’instant = MEILLEURE RÉPONSE DE L’UNIVERS.

Pour finir en beauté avec le thème des intertitres, j’invite le lecteur anglophone a jeter un œil à cette étude complète signée Mark Simonson, où il est question des erreurs typographiques (ponctuation, modification du dessin de lettre, style typographique) dans les intertitres de The Artist. Le snobisme typographique a encore de beaux jours devant lui.

* Une référence artistique s’est une fois de plus glissée dans ce titre. Sauras-tu la retrouver? Si oui, frappe dans tes mains !

« Austrian Airlines 416 à destination de Vienne » *

8 Sep

Cher lecteur sporadique,

J’espère que tes vacances se sont bien passées, petit chanceux. Pas trop nostalgique ? Cet été, j’ai fait partie de ceux qui ont décidé de ne pas partir, pour cause de pas de jours de congés. Une expérience qui a radicalement changé ma vision du monde et mon rapport avec les êtres qui m’entourent, ça va de soi. J’en ai profité pour buller, mouler, me la couler douce… et rêver de voyage bien sûr.

L’ambiance « aéroport » m’a un peu manquée, je dois dire. J’espère que de ton côté, tu as eu le temps de perdre et retrouver ton chemin dans de grands aéroports internationaux.

Par exemple, si tu es allé à Vienne, destination hautement tropicale, tu n’as pas pu passer à côté de l’architecture du nouveau terminal de l’aéroport. Je sais déjà que tu t’es régalé de tous les détails graphiques et architecturaux de cet immense projet. Pas la peine de le nier.

Viennoiseries et autres gourmandises

L’inauguration le 5 juin dernier s’est bien passée, je te remercie. Ce cher Ruedi doit être bien soulagé, après 8 ans de travail, de voir enfin le bébé prendre son envol (champ lexical de l’aviation, à toutes les sauces). Le projet en lui même a un peu battu de l’aile, puisque la fin du chantier était prévue pour 2008. Bien sûr, ça a entraîné pas mal de frais supplémentaires, mais bon : « c’est les vacances ! », on a bien le droit de dépenser 400 millions d’euros en plus, non ?

Ruedi a travaillé avec le cabinet d’archi Itten-Brechbühl/Baumschlager-Eberle et Eva Kubinyi, chef de projet, en charge du graphisme et de la signalétique. Les talents de Susanna Fritscher ont été sollicités pour la réalisation d’installations artistiques en liaison avec la signalétique. Notre ami David, a créé les extensions de la typographie Fedra Sans : pictogrammes et version pixelisée pour – le clou du spectacle – LE support d’information clé, qui se matérialise par un mur à affichage lumineux en LED d’une cinquante de mètres de long.

Pour une vraie liste détaillée de « qui-a-fait-quoi » dans ce projet, tu ne manqueras pas de te reporter au bas de cet article.

De loin, comme ça, vite fait, « ça marche bien !  » ©.

Signalétique en Fedra Sans

Mur signalétique en Fedra Sans

Pictogramme d'avion

Signalétique et pictogramme Fedra blanc sur vitre.

Mur d'affichage lumineux LED

Fedra pixelisée

Fedra Sans et effets de lumières

Comme tu t’en doutes, un des enjeux dans un projet de signalétique se porte sur cette notion d’espaces publics et à ce propos Ruedi Bauer avait le souhait de faire sortir le lieu d’un anonymat certain et même d’un « pseudo internationalisme » (source). Il faut informer et orienter sans saturer d’informations pour conserver une atmosphère d’apesanteur (insérer ici l’équation aéroport = avion = ciel = voler = liberté = légèreté).

  • développer un langage visuel identifiant basé sur la police de caractères « Fedra Sans » conçue par Peter Bilak, choisie à la fois pour des raisons esthétiques et fonctionnelles (tous les accents des langues d’Europe centrale y figurent).
  • créer un système exclusif de pictogrammes intégrant la dimension de lecture internationale à la question de l’atmosphère et du style graphique, travaillée à partir de contrastes de translucidité suggérant une certaine douceur.
  • concevoir des supports de signalétique qui traduisent une impression de légèreté, de flou, comme l’envol d’un avion dans le ciel.
  • prendre en compte et traiter graphiquement l’ensemble de la chaîne d’informations (signalétique directionnelle et  d’identification, points d’information, informations dynamiques concernant les arrivés et départs, plans de situation, signalétique réglementaire, etc).

Ami lecteur,  je ne vais pas m’attarder sur l’architecture, mon intérêt se situant plutôt, comme tu le sais déjà, dans le système signalétique. Et là : patatra ! Atterrissage d’urgence.

Mayday mayday

Dans un article de son blog où il s’est attardé dans le lieu, Titus Nemeth a répertorié pour toi, lecteur pressé, les éléments qui ont fait polémique et qui conduisent à finalement prendre la réussite de ce projet avec des pincettes, en plus de relancer le débat « a-t-on privilégié le style et l’élégance à la fonctionnalité ? ».

Car voilà : les panneaux sont parfois eux-mêmes sur fond blanc, et du coup, leur présence n’est pas d’une évidence qui crève les yeux. L’usage des blancs est un peu exagéré sur certains panneaux, laissant une désagréable sensation de flottement.

Mauvaise utilisation des blancs sur un panneau signalétique

Les pictos ont été placés sur des fonds pastels. Le blanc et les couleurs claires, c’est certes relaxant, mais pour se repérer à la vitesse de la lumière, ça peut poser problème. Les installations sensées révélées de jeux de transparence et de lumière nuisent elles aussi à la lisibilité optimale.

Pictogrammes peu visibles

Problème de lisibilité sur de la transparence

Le mur LED, curiosité technologique, a quant à lui déçu, sa lisibilité étant compromise par la présence d’un gros reflet lumineux qui fait tache. C’est bâlo !

Le reflet empêche la lisiblité des informations de vol

Rien que pour vos yeux

Fidèle lecteur, tu as parfaitement le droit de te dire que les designers chipotent un peu. Hé bien figure-toi qu’une autre population s’est elle aussi sentie déboussolée par ce nouveau système et a attiré l’attention sur les nombreux problèmes de lisibilité : les mal-voyants autrichiens. Après ses recherches, le Dr. Elmar Fürst a conclu : « Hier hat man fast alles falsch gemacht, was man falsch machen kann!« .  Traduction : presque tout ce qu’on pouvait faire de mauvais a été fait. Entre les numéros de porte trop petits, le manque de contraste, les écrans d’information placés trop haut, et le fameux reflet sur l’affichage lumineux (clique ici pour voir les photos de la recherche de Fürst et lire ses conclusions en allemand), les mal-voyants n’y trouvent pas du tout leur compte, et il y a fort à parier que les personnes bien voyantes avec un sens de l’orientation tellement proche de zéro que la simple idée d’aller à l’aéroport fait paniquer (je veux bien être leur porte-parole), fassent les mêmes observations.

En tant que porte-parole auto-proclamé de la catégorie de personne mentionnée ci-dessus, je suis prête à me sacrifier pour continuer l’investigation. Très cher lecteur et ami de toujours, je fais donc appel à ta générosité afin de m’envoler vers Vienne le plus vite possible.

En attendant, tu trouveras ici la liste des pires terminaux d’aéroport et ici, la bédé que tu aurais du lire cet été pour ne pas rater tes vacances (et ta vie), histoire de t’évader dans les hautes sphères spirituelles.

Bien à toi lecteur, et bonne rentrée mon lapin! Poutoux.

*PS : Je sais que tu n’auras pas manquer cette référence au remix d’Heroes de  Kruder & Dorfmeister en tête d’article. Sacré toi. Tu me connais si bien, je ne pouvais décemment pas écrire un article sur l’aéroport de Vienne sans référence à ce classique lounge autrichien.