Eszett et cætera

19 mai

Le 04 avril dernier, une figure bien singulière de la typographie fêtait un anniversaire particulier : il y a 4 ans, le Eszett capital faisait son entrée dans le standard Unicode (Version 5.1 à l’époque), système et norme informatique de codification des caractères, permettant leur utilisation et partage à travers le monde et les différents langages. Un nouveau chapitre pour l’alphabet germanophone.

L’arrivée de cette “nouvelle” lettre a soulevé pas mal de questions, permettant de partir à la découverte de ce caractère si emblématique.

PUISQUE  jusqu’à présent, on s’était toujours débrouillé sans : était-ce bien nécessaire? Mais surtout, avant de se poser cette question-ci, ce qu’on s’est demandé, c’est pourquoi n’y avait-il pas eu de capitale auparavant? Ça paraît assez évident : le Eszett n’est jamais situé en première lettre de mot, une capitale n’était donc pas indispensable!

SAUF que lorsqu’on l’utilisait dans un mot ou une phrase toute en capitale, on était face à un manque, et les moyens du bord consistaient à le remplacer par un double S ou un Eszett bas de casse. Pas trop contraignant jusque-là.

OUI MAIS imaginez qu’un Eszett se trouve dans votre nom de famille : là, il y a un problème! Meissner et Meißner, ou plutôt MEISSNER et MEIẞNER, ce n’est pas la même personne. Les noms propres : le champ d’application où le Eszett capital a trouvé son véritable sens.

Voila qui comble une lacune de l’écriture germanophone! Il a officiellement remplacé le double S pour  l’écriture des entités géographiques et des noms propres en général. Son usage a d’ailleurs été rendu systématique par la Ständige Ausschuss für geographische Namen. Le double S est valable en tant qu’alternative uniquement si la série typographique utilisée ne comporte pas de Eszett capital.

Depuis cette date, le Eszett capital a été intégré dans presque 200 séries typographiques, parmi lesquelles les plus répandues dans les systèmes d’exploitation, et dans la suite Office (Times New Roman, Arial, Verdana, …).

le Eszett capital chez Microsoft

Cet effort a été salué par beaucoup d’utilisateurs, entrepreneurs et institutions qui depuis l’utilisent régulièrement. Il a même été intégré dans les fontes BundesSans und BundesSerif, série dessinée pour l’identité visuelle du Gouvernement fédéral allemand.

Au départ un peu réticents, Jürgen Huber et Martin Wenzel de MetaDesign (studio chargé de la composition de la série Bundes) ont confié lors d’une interview donnée à typografie.info (le site germanophone de référence en la matière) qu’ “en fin de compte, une série typographique dessinée pour le Gouvernement fédéral allemand sans la version capitale de la lettre
qui fait la spécificité de cet alphabet aurait tout de même été un travail incomplet”.

Le Eszett en Bundesserif et Bundessans de MetaDesign © typografie.info

Pas mal de reproches ont été adressé au Eszett capital : sa création serait superflue, le dessin du caractère ne serait pas optimal pour la lecture, il ressemblerait trop à un B majuscule… Il a ses détracteurs et ses défenseurs. Je suis résolument pour, ne serait-ce que pour l’adéquation du couple bas de casse/capitale, mais j’avoue que je trouvais assez poétique cette petite lettre sans capitale, qui fait le charme de l’alphabet germanophone et éveille la curiosité des personnes ne parlant pas l’Allemand.

Alors : Zum Geburtstag viel Glück, Versal-Eszett . Ok. Mais au fait, c’est quoi un Eszett à l’origine?

Le Eszett dans l’alphabet germanophone correspond techniquement à un double s. Il s’agit en fait d’une ligature du s long (milieu de mot) —parfois du z aussi : ſʒ (ſz)— et du s final (fin de mot) : ſs. D’ailleurs, le nom Eszett, ça n’est rien d’autre que les lettres s et z en langue allemande. Le double s ou le sz étaient à l’origine deux sons différents qui ont fini par devenir semblables. Les frères Grimm, à qui on doit aussi le dictionnaire de la langue allemande (fin du XIXe siècle), soutenaient que le Eszett dérive de la contraction du s et du z, comme nous le rappelle cette bonne vieille Jeanette Konrad, dans l’émission Karambolage du 14 janvier 2007. De plus ces deux ligatures se ressemblent beaucoup en Fraktur (qu’on appelle à tort “écriture gothique”), d’où la confusion.

ſ + s (ou z) = ß

Ligatures ss et sz : le mystère du Eszett © pincetonfrancais.be

Quand on regarde les panneaux de rue en Allemagne, le Eszett apparaît tantôt très nettement comme une ligature sz, tantôt comme le Eszett auquel nous sommes plus habitués.

Panneaux de rue à Berlin : Eszett et ligatures

On l’utilise derrière une voyelle longue ou une diphtongue, le double s étant utilisé après une voyelle courte. La réforme de l’orthographe allemande de 1996 (obligatoire depuis 2005) a permis de corriger quelques irrégularités dans l’utilisation du Eszett. Avant la réforme, on n’écrivait le double s qu’entre 2 voyelles. Un mot se terminant par un double s, comme der Fluss (le fleuve), s’écrivait alors der Fluß, bien que la voyelle soit dans ce cas courte. Depuis la réforme, il s’écrit der Fluss. La réforme de 1996 supprime l’irrégularité entre singulier et pluriel, puisque sous l’ancienne orthographe, la forme plurielle de der Fluß était quand même die Flüsse, qui s’écrit elle avec double s puisque le e, marque du pluriel, fait que le double s n’est plus à la fin du mot.

Vous en perdez votre latin? Dans ce cas là, tournez-vous vers la Suisse et le Lichtenstein, qui l’ont abolit dans les années 1930.

Pour copier-coller le Eszett capital, rendez-vous sur le site qui lui est dédié : versaleszett.de.

Vous pouvez aussi voir des spécimens de Eszett capital.

Cet article ne serait pas complet sans un rappel à propos de la 17e édition de Typo Berlin , qui a démarré jeudi 17 mais et se termine aujourd’hui, samedi 19 mai. Vous pouvez suivre l’événement live sur ARTE Creative.

Typo Berlin 2012 et Cannes me voulait, mais je les ai snobés pour écrire cet article.

Tags:, , , , , ,

(3 fois 5 = 199 700 euros)²

16 avr

Le Museum für Konkrete Kunst (Musée Pour l’Art Concret) d’Ingolstadt en Allemagne (en Bavière, sud est) est désormais l’heureux propriétaire de l’œuvre du Suisse Richard Paul Lohse (1902–1988) Fünfzehn systematische Farbreihen in progressiven Horizontalgruppen (Quinze rangées systématiques de couleurs en groupes horizontaux progressifs). Affirmative.

Richard Paul Lohse, Fünfzehn systematische Farbreihen in progressiven Horizontalgruppen, 1950/62 – Huile sur toile, 150×150 cm © kulturstiftung.de

Si on pouvait déjà admirer ce classique de l’Art concret au Musée depuis presque 20 ans (l’œuvre y siégeait en tant que prêt de la Fondation Richard Paul Lohse), ce-dernier en a définitivement fait l’acquisition, et assuré par là-même son statut de haut-lieu de l’art.

L’œuvre-clé n’aurait pas pu rejoindre le catalogue du musée sans la participation financière de 2 institutions : la ville d’Ingolstadt verse à elle seule 83 000 euros, et elle est soutenue par la Kulturstiftung des Länder (Fondation fédérale pour la culture) et de la Fondation Siemens pour l’Art, qui chacune ont déboursé respectivement 50 000 et 66 700 euros.

Qui dit Art concret, dit un peu de mathématiques :

      83 000
+   50 000
+   66 700
____________

=  199 700

Presque 200 000 euros. Aouch.

Le montant de la transaction a fait couler de l’encre de l’autre côté du Rhin, sans que la qualité de l’œuvre ne soit jamais remise en question par ceux qui s’opposaient à son acquisition. C’est plutôt le mode de financement qui a fait grincer les dents. À Ingolstadt, ça ne fait pas plaisir à tout le monde de voir la ville s’acquitter de la somme controversée. Mais l’œuvre se trouvant déjà exposée dans le musée depuis 1994, il est donc assez logique que la décision finale ait été favorable à l’achat.

museum ingolstadt konkrete kunst

L’oeuvre au musée d’Ingolstadt © derbummler.de

Mathématique et logique : 2 mots qui me font d’habitude prendre mes jambes à mon cou. Il y a bien qu’en parlant d’Art concret que je suis encore capable de garder mon sang-froid.

L’œuvre qui a reçu le petit nom de la “Mona Lisa de l’Art concert” est une clé dans la compréhension du mouvement.

Voici une équation simple grâce à laquelle je rend hommage à toutes ces heures passées à essayer de décrypter les énoncés des problèmes de mathématiques lorsque j’étais en CE1 :

SI :

{

Ce qui saute aux yeux c’est l’explosion réjouissante et désordonnée
+    Aucune couleur ne l’emporte sur une autre
+    Le rythme est complètement décalé : il n’y a aucun centre, aucun point où l’œil peut s’accrocher
____________
=    C’est le chaos

}

MAIS :

{

L’ arc-en-ciel est le fruit d’une pensée rigoureuse consistant à répéter de manière systématique et uniforme
+   L’œuvre aurait pu être fabriquée par une machine, et en ça, elle est aussi véritablement concrète
+   Elle fait écho à un monde industriel qui s’oppose au sentimental
____________
=    C’est l’ordre

}

ALORS : il s’agit là d’une œuvre humainement-robot, comme je les aime.

Pour les curieux germanophones, tous les détails dans cet article.

Tags:, , , , ,

Visite du bauhaus-archiv museum für gestaltung

27 fév

wir schreiben alles klein, denn wir sparen damit zeit.*

Herbert Bayer, 1900-1985

J’ai visité le bauhaus-archiv museum für gestaltung (tout en minuscule). Faites-le si vous passez à Berlin, c’est un tout petit peu excentré mais ça sera l’occasion d’une bonne balade. Prenez les audio-guides qui sont gratuits, et faites-vous plaisir.

bauhaus museum berlin

*on écrit tout en bas de casse, on gagne ainsi du temps.

Mit freundlichen Grüßen.

Tags:, , , ,

Du rouge, du noir et des saucisses : Pictoplasma (Jour 2)

30 jan

Vendredi 09 décembre dernier, Motomichi Nakamura et Amandine Urruty sont venus présenter leurs processus de création et leur portfolio à une vingtaine de personnes rassemblées dans la grande salle de la Gaité Lyrique. L’intérêt de rencontrer Nakamura (mots clés : yéti + japonais) était assez évident, en revanche je n’avais jamais entendu parler d’Amandine Urruty (mots clés : saucisse + tatouages moches + petit chien mignon) avant de lire son nom dans l’article qu’étapes a consacré à Pictoplasma. En un mot : conquise.

Les monstres rouges et noirs de Nakamura pour Pictoplasma

L'agenda novembre/décembre 2011 de la Gaîté Lyrique se déplie en un poster de monstres pictoplasmiques made in Nakamura

Nakamura est l’auteur des affiches du festival, les monstres rouges et noirs. Rouges et noirs exclusivement. Pour traduire un rapport essentiel, selon lui : the simpler, the better/stronger. S’il a utilisé du jaune et des nuances de gris à une époque, aujourd’hui il n’utilise plus que du rouge, du noir et du blanc, des couleurs qui parlent d’elles-mêmes (Captain Obvious : quelles sont les couleurs de Coca-Cola ? Quelles sont les couleurs du Japon ?). Le rouge attire toujours l’œil et chez Nakamura, il semble vous rentrer dans l’œil, et d’ailleurs les yeux des monstres sont rouges.

Motomichi Nakamura en conférence à Pictoplasma Paris à la Gaîté Lyrique

Nakamura @Gaîté Lyrique © Pictoplasma

Ces monstres sont une version condensée de toutes nos peurs, une interprétation que l’on retrouve chez les Indiens d’Amérique (Nakamura vit en Équateur). En combinant tous ces éléments – monstres, couleurs, mais aussi flashs lumineux qui génèrent une réaction, voire une gêne physique (flashs utilisés lors de performances VJ ou mapping) – Nakamura veut faire passer le message de manière univoque : préparez-vous à affronter quelque chose. Ses monstres s’inscrivent d’autant plus dans ce rapport de confrontation qu’ils montrent très souvent les dents. “Montrer les dents, c’est envoyer un message de peur ou d’agression”. De toutes façons depuis Jeanne Mas on le sait tous : le rouge, le noir, les peurs, les montagnes de douleurs.

Lors de la conférence, j’ai trouvé le courage de lui poser une question (la fille pédante qui a essayé de se la péter en plaçant un petit “Konbanwa” et qui a expliqué à Peter Thaler ce que ça signifiait, c’était moi!) concernant l’attitude de ses monstres qui montrent les dents : sont-ils là pour nous attaquer ou ont-ils peur de nous ? L’essentiel est que la peur soit de tous les côtés.

C’était cool que Nakamura nous explique toutes ses référence, bien cool elles aussi : Takeshi Kitano, les tatouages de prisons russes, Snoop Dog, Otto von Schirach (en VJ pour ses shows).

“Pourquoi je porte un masque ? Et bien parce que je suis le sidekick d’Otto : s’il est Batman, alors je suis Robin.”

En parallèle du graphisme et des performances vidéos, Nakamura a aussi lancé son tatoo project, envisagé comme un lien d’engagement entre un “collectionneur” ou tout du moins un passionné, et l’artiste qui prend forme d’un tatouage unique… Avec tout ce que le tatouage implique de sens : rituel, peine, force…

Quittons cet univers graphique tranchant pour entrer dans le monde des bisounours en overdose de choucroute : le monde d’Amandine Urruty.

Illustration d'Amandine Urruty parue dans Teddy Beat de Morgan Navarro

Saucisse love forever © Amandine Urruty

Sorti de son contexte, ça donne :

“Pourquoi mettre des pompons quand on peut mettre des poulpes ?”

“Ça reste marrant une saucisse. C’est plutôt sympathique. Alors du coup, je me suis dit que j’allais en mettre partout.”

“Je me suis dit qu’il n’y avait pas de honte à dessiner des Mickeys.”

Comme le dit l’intéressée : “C’est parti de dinosaures qui s’accouplent, au départ.” Et après ça donne du bodypainting d’animaux qui s’aiment sur Philippe Katerine.

Bodypainting de Katerine par Amandine Urruty

Philippe Katerine - Star Academy - November 2006 © Amandine Urruty

Ses dessins (au feutre et au crayon de couleur) sont d’une simplicité thématique extrême (ils résultent de la combinaison de thèmes récurrents, tels que l’amour, les saucisses et les arcs-en-ciel), mais les œuvres produites sont au final complexes, fourmillantes de détails sordides et comiques, avec une grosse tendance à la répétition.

équation saucisse + tatouage moche + petit chien

= cool

Ayant pratiqué le dessin académique pendant sa formation universitaire, elle a été marqué par le travail de copie et de reproduction. Quand on s’attarde sur le décor de ses dessins, on s’aperçoit qu’ils sont en fait des scènes pullulantes de détails tous plus troublants les uns que les autres, et le tableau en entier se met alors au service du détail.

Les 3 grandes étapes du travail

Un dessin en 3 étapes © Amandin Urruty

Détail d'un dessin

Détail © Amandine Urruty

Les animaux tiennent bien entendu une place prépondérante : ils sont anthropomorphiques, portent des masques, il leur manque des membres (le nez, les mains), ou bien alors ils en ont en trop, s’affichent dans des postures à la fois sexy et potaches (elle cite Edika parmi ses premières influences, et ça saute aux yeux). Les héros des dessins d’Amandine sont tous des monstres doux-dingues. Elle explique d’ailleurs que les monstres composites la fascinent (ceux de Jérôme Bosch par exemple) et sont pour elle un sujet inépuisable.

Parmi les trucs que je trouve les plus cool, j’aime tout particulièrement les visuels pour Le Nouveau Casino datant d’avril 2008 réalisé avec le collectif Studiobüro.

Amandine Urruty et Studioburo pour le Nouveau Casino 2008

Amandine Urruty et Studiobüro pour le Nouveau Casino 2008 © Amandine Urruty

Complètement inscrits dans la démarche Pictoplasma, les travaux de Nakamura et d’Amandine ont été sollicité pour réaliser des cartes du jeu de tarot Pictoplasma, aux côtés de celui d’autres artistes, plus ou moins tous représentés lors de cette édition 2011 du festival.

Le jeu de tarot de Pictoplasma

Quelques cartes tirées du jeu de tarot Pictoplasma

Ajoutons que vous pouvez voir des œuvres d’Amandine jusqu’au mois de mars 2012 à l’expo HEY ! MODERN ART & POP CULTURE.

Affiche de l'expo Hey! à la Halle Saint Pierre

Affiche de l'expo Hey! à la Halle Saint Pierre

Pour terminer cette journée, une quinzaine de courts métrages d’animation ont été projetés dans la grande salle : on n’était plus que 2 pèlerins dans le noir.

J’ai réuni les vidéos dans une playlist Youtube.

The External World de David O’Reilly (c’est la plus longue de toutes, 17 minutes) m’a beaucoup impressionnée et m’a laissé un sentiment d’incompréhension et de satisfaction, une espèce de plaisir à ne rien comprendre (j’ai enfin vu Rubber hier, c’est peut-être pour ça que je comprends seulement aujourd’hui tout le sens du no reason).

Image iddue de la vidéo The External World

Quelques uns des nombreux personnages de The External World

Voila, comme ça vous savez tout sur cette journée du festival Pictoplasma. Le festival poursuit sa route en 2012, notamment du 11 au 15 avril à Berlin.

Tags:, , , , , , , , , , , , , ,

Kool thing

28 jan

Je suis sous le charme du travail de ce graphiste qui se prénomme Clément, originaire de Clermont-Ferrand et qui publie le résultat de son projet 366 cool things sur tumblr. Les règles sont au nombre de 3 et sont simples : 1 créa par jour, 1 heure maxi et toujours en utilisant les couleurs récurrentes de son tumblr inspirationnel.

No texture week - créa de 366 cool things

Breathe in the air - créa de 366 cool things

Je suis bien sûr fan du nom de son projet, qui fait écho au nom de mon tumblr inspirationnel : Only 5 cool things.

Projet 366 cool things
Son tumblr inspirationnel

Tags:, , ,

Pique et pique et Pictoplasma (Jour 1)

4 jan

Petit retour sur le festival Pictoplasma Paris: Post Digital Monsters qui s’est éteint en même temps que 2011,  le 31 décembre (bonne année au fait).

pictoplasma_nakamura

© Motomichi Nakamura

Rapidos (parce que c’est tellement intéressant que vous allez vite faire vos propres recherches), le projet Pictoplasma, c’est :

  • Quoi? Depuis 10 ans, une entreprise, c’est une maison d’édition qui développe, diffuse, publie, et archive tout ce qui touche au character design, la création graphique de personnages.
  • Qui? Lars Denicke (ancien étudiant en théorie des médias et études culturelles à l’université de Humboldt) et Peter Thaler (diplômé d’une école de cinéma et d’animation), basés à Berlin, qui ne plaisantent pas avec la création de personnages.
  • Intéressant? On peut dire que ce qui en est à l’initiative c’est la réflexion autour de la création de la “créature imagée”, et qu’un réseau international en est issu (des graphistes, des illustrateurs, des designers, des concepteurs, mais aussi des danseurs, des musiciens, des performeurs, etc.) de par sa volonté de regrouper toutes les données en vue de publications, et a donné naissance, en 2004, à cette manifestation artistique. Donc oui.

Pour ceux d’entre vous qui peuvent mettre la main sur le magazine étapes, vous pourrez retrouver dans l’édition 198 (nov. 2011) un article dédié à Pictoplasma, article qui fut distribué dans son intégralité aux visiteurs.

Coup de bol : j’ai gagné 2 places (merci Twitter), c’est donc avec ma fidèle acolyte Claire que j’ai profité de l’expo, gratos.

Il faut savoir que le thème de l’édition 2011 s’articulait autour de la figure du yéti, le chaînon manquant (“The Missing Link”, tel est également le nom d’une des installations/performances) entre la créature-monstre et l’homme. C’est ce qui m’a particulièrement attiré dans cette édition.

La journée du jeudi 08/12 a été entièrement consacrée à la visite de l’expo. La veille, premier jour du festival, le show “The Missing Link” a ravi l’audience. Pour info, lors du show à Berlin, c’est la musique de Dan Deacon qui a servie de bande-son à la performance poilue. Classe.

Les temps forts de l’expo

Digital Monsters (une galerie internationale de portraits de monstres digitaux) et Post Digital Monsters (des créatures plus inscrites dans la tridimension). J’y ai retrouvé la bébête poilue de Roman Klonek que j’affectue particulièrement (la bébête, pas M. Klonek, que je ne connais pas).

pictoplasma_friendswithyou_digital_monsters

Mon petit chouchou, par le collectif Friendswithyou

The Missing Link (installation collaborative entre Pictoplasma, le collectif de costumiers berlinois Werkstattkollektiv, les artistes performeurs et danseurs Jared Gradinger & Friends et l’artiste japonais Motomichi Nakamura (à qui on doit les affiches de l’expo, ces monstres rouges et noirs).

(Haaaaa, j’arrive pas à intégrer cette vidéo comme je veux, j’arrive pas à insérer un retour charriot après la vidéo. J’enrage! Si quelqu’un a un tuyau, faites-moi signe).

the_missing_link_nakamura_pictoplasma

Les yétis de l'installation The Missing Link

Le projet de recherche du Chaînon Manquant : un mur regroupant des centaines de croquis de yéti, venus des 4 coins du monde. Une œuvre participative puisque les visiteurs sont invités à y laisser leur version du yéti.

pictoplasma_missing_link_yeti

Un bout de mur de Yéti

On n’a pas pu s’empêcher de passer outre cette occasion de gâcher une si belle œuvre avec un gribouilli signé Claire&Emilie.

pictoplasma_yeti_gaite_lyrique

Je vous le montre pas en entier, mais c'ést un véritable chef d'oeuvre

On n’a pas croisé le yéti d’Élodie Duhameau ce jour-là, mais l’illustratrice nous a révélé ses progénitures récemment via son blog :

pictoplasma_yeti_elodie_duhameau

Allez faire un tour sur son blog

On est allée faire un petit tour du côté du centre des ressources, où les visiteurs peuvent visionner des extraits de dvd édités par Pictoplasma, dont un qui nous a particulièrement plu :


Voila pour ce premier jour d’expo. L’expo Pictoplasma se continue hors les murs avec la Character Walk : tous les lieux de Paris proposant des événements rattachés au festival sont regroupés en une ballade, pour laquelle une carte a été spécialement dessinée. Cette carte se transforme en poster reprenant une des créatures de Nakamura. Je m’en suis notamment voulu très fort d’avoir loupé l’exposition de Struwwelpeter revisité par Atak au Goethe Institut.

Le samedi 10/12, j’ai participé aux conférences de Motomichi Nakamura et Amandine Urruty (qui m’a ravie, je dois bien le dire) ainsi qu’à la projection des vidéos Pictoplasma : Best Of Characters In Motion 1. Je vous en reparle très bientôt.

Pictoplasma
Pictoplasma Paris Photos
Gaité Lyrique
Character Walk

Tags:, , , , , , , , , ,

Noël sous écran total

26 déc

Plus que l’occasion d’apprécier un festin entourée de ma famille, cette année Noël a été pour moi le moment où je suis rentrée en contact avec 2 des plus grands fléaux que la Terre ait jamais portés, j’ai nommé la mauvaise télé et le fait de devoir utiliser un ordi qui n’est pas le mien.

Je n’ai plus du tout la télé depuis peu, parce que je ne la regardais plus depuis longtemps. La seule réelle utilisation que j’en avais se résumait ainsi :

  • grippe style : je regarde la télé quand je suis clouée au lit 8 jours ;
  • deutsche mamie style : je regarde Karambolage sur Arte le dimanche soir (et Arte en allemand en général) ;
  • junk style : je regarde Koh Lanta, parce que j’aime construire des cabanes.

Alors certes, je suis parfois un petit peu à la ramasse pendant les dîners mondains en ce qui concerne les sujets les plus cruciaux. “Ha bon c’est machin qui est parti de Koh Lanta? Ha bon ils ont changé le générique de JT de TF1?” En revanche, mon niveau de bonheur intra-crânien a réellement crevé le plafond depuis que j’ai cessé de m’actualiser auprès de la télévision.

Revenons-en à la choucroute, me voila donc en mode chill out en famille, le lendemain du festin, au sein d’un foyer où je n’ai pas le pouvoir de décision quant à l’usage et au contrôle de la télécommande. Bien plus grave que le choc qu’est devenu pour moi le simple fait de regarder la télé (“Sérieux c’est ça leur sujet de JT? Sérieux, c’est quoi cette pub? C’est qui ce présentateur? C’est quoi ce concept d’émission?”), je réalise que je suis devenue l’anti-sociale de la famille, celle qui n’aime pas la télé, et qu’à cause de mon comportement et de mes commentaires, je dérange mes proches qui veulent simplement se divertir.

Lassée de l’offre proposée par la télé, et de voir que j’étais la rabat-joie de la soirée, j’ai tenté de chercher un peu de réconfort dans les bras d’internet.

Je trouve infernal et très déprimant d’avoir à utiliser un autre ordi que le mien, et ceux de ma famille, particulièrement, me donnent des envies de meurtre sur ma propre personne. Aujourd’hui, un OOMI (objet ordinationnel mal intentionné) a fini de m’achever, moi, la shoe addict célibataire qui devrait perdre du poids de ventre avant de devenir propriétaire de mon premier logement, dans lequel je pourrais élever des chats et peut-être des enfants, pendant que je tente de cacher mes premières rides.

Là, je dois remercier une personne qui se reconnaîtra (il n’y a probablement qu’elle qui lira ce billet). Merci de m’avoir d’installé un programme de désactivation de l’affichage de pubs en ligne. J’apprécie beaucoup ce petit programme qui me permet de désactiver l’affichage des publicités lors de mon utilisation privée d’internet et de l’activer d’un seul clic, précisément lorsque j’ai besoin de les voir (hé oui, nous autres, êtres supérieurs du web, avons parfois BESOIN de voir la publicité). Il y a des sites que je visite fréquemment sur lesquels j’ai désactivé l’affichage des publicités depuis longtemps et pour lesquels j’avais complètement oublié la présence de certains messages à buts lucratifs.

Si vous n’avez pas encore de bloqueur de pubs en ligne, en installer un devrait être votre bonne résolution n°1 pour la nouvelle année. C’est l’enjeu majeur de ma campagne 2012.

Moralité : Au lieu de m’apporter le réconfort auquel je m’attendais, l’édition 2011 de Noël a été gâchée par  la télé, l’ordi et internet, qui à eux 3 m’ont tellement filé le cafard que seules des activités de forever alone ont réussi à me sauver : faire mes devoirs de Japonais (fayotte power), écouter de la musique au casque (comme seuls les vrais autistes le font) et écrire ce billet à l’arrière-goût de bêtisier de Noël. Ma proposition de faire un jeu de société en famille – comme dans les vraies familles unies de la télé – n’a fait que révéler mon ennui profond pour la soirée télé. J’espère que ma famille ne m’en voudra pas d’avoir été un peu désagréable pendant ce grand moment de célébration. J’ai essayé, j’ai vraiment tout essayé. Petite famille chérie, je t’aime, mais pour 2012, je voudrais que tu sois moins devant la télé.

J’ai hâte d’organiser mon premier Noël tv free - internet free (et portable free,  et joie-de-vivre free aussi pendant qu’on y est) et d’imposer sans une once d’indulgence envers quiconque mon règlement de Chef des Rabat-Joie.

Sur ces bonnes paroles, paix et amour dans les chaumières.

PS : Je viens de découvrir Black Mirror  (grâce à la même personne que pour le bloqueur de pubs… Note pour plus tard : essayer de me faire plus d’amis en 2012) du britannique Charlie Brooker, un programme télévisuel qui pose des questions quant à nos relations avec les écrans. C’est bien traité, la forme est inhabituelle (les épisodes n’ont rien à voir entre eux, leur durée n’est pas formatée), on n’est pas dans l’image choquante, alors que le propos l’est pas mal, surtout pour le premier volet “National Anthem”, ça décortique assez bien l’ambivalence des actions qui paraissent anodines : voir, regarder, être vu, s’informer, utiliser un appareil. Le créateur en parle sur The Guardian (en anglais).

PS 2 : Ne pas utiliser d’image dans ce billet me paraissait tout indiqué.

Tags:, , , , , , ,

Comment ? Mais comment ?

24 nov

Il y a 2 mois, j’ai découvert cet essai sur le site Issuu via Vanessa *motion designer*, qui me l’avait recommandé. En effet avec un titre alléchant, Comment réussir dans le milieu du graphisme en trois semaines seulement a tout de suite éveillé curiosité et perplexité… mais ça c’était avant de le lire, et donc, de découvrir que Comment réussir dans le milieu du graphisme en trois semaines seulement est avant tout un essai rigolol.

Couverture essai

Exercice de style
Juin 2010. Strasbourg. ESAD. Julia Coffre y prépare un DNSEP (Diplôme national supérieur d’expression plastique) et achève son mémoire.

CRDLMDGETSS (héhé) est un pied de nez d’un peu moins de 100 pages, un anti-code de conduite truffé de références qui font de lui une satire rafraîchissante.

Le manuel compile un bon nombre d’événements familiers à toute personne exerçant une activité de graphiste. C’est un peu le même concept que webAgencyFAIL : se nourrir d’anecdotes désopilantes du quotidien et en rire plutôt qu’en pleurer. Plus fort encore : Julia Coffre en tire la substance créatrice de son mémoire. Balèze.

L’ouvrage se plie aux lois du genre : éminentes références (Paul Rand, Josef Müller Brockmann, Paul Arden, …) conseils, exercices pratiques, témoignages, tests de personnalité; tout ce qui fait un bon livre de développement personnel, usage de formules-bateau à la clé : “des conseils simples, des recette avisées, des exemples concrets”. Éditions Marabout, j’écoute ?

L’élégante mise en page, en toute sobriété, de ce programme en 3 chapitres contraste délicieusement avec la légèreté du sujet. L’auteure en donne elle-même le ton : le programme du 20è jour  est “amusez-vous!” et la recette est simple : “Parlez de chose sérieuses avec légereté et de choses légères avec sérieux”.  Tout est dit.

Le graphiste, cet être si sérieux et si fragile à la fois
Petit rappel tout ceux qui n’auraient pas suivi : aujourd’hui, tout le monde est désormais graphiste ou tout le monde veut l’être, mais attention : n’est pas bon graphiste qui veut! Il convient de se poser les bonnes mauvaises questions afin de conquérir le monde devenir un bon graphiste facilement :

“Si vous voulez être graphiste parce que vous sentez que vous avez une aptitude artistique ou que vos amis vous complimentent sur cette carte d’invitation que vous avez faite pour votre oncle, alors en effet, vous avez peut-être un petit quelque chose.”

“Ce n’est pas parce que votre maman “adooooore” l’invitation de pendaison de crémaillère que vous lui avez fait sur Word l’année dernière, que quelqu’un va vous donner de l’argent pour ça.”

Je ne sais pas vous, mais moi j’aime bien l’humour potache :

“Si vous ne trouvez pas votre mentor, cet ouvrage est une excellente référence à garder auprès de vous qui prendra entièrement ce rôle, la mauvaise haleine en moins.”

“(Toutes les indications (…) sont inspirées de faits réels et toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serai nullement fortuite).”

En prime, vous trouverez un petit test très Femme Actuelle pour savoir si vous êtes plutôt un graphiste du dimanche, “celui qui a été désigné par ses collègues pour faire la carte de vœux de l’entreprise parce qu’il sait utiliser Photoshop” ou si vous êtes plutôt le type qui travaille en studio de graphisme, sous-catégorie “celui qui fait ça pour apprendre et partira à son compte dans 5 ans” :

Quelle est la meilleure idée que vous ayez eue ?
a) vous ne la dites pas, on risquerait de vous la voler
b) vous ne vous en souvenez plus, vous l’avez déjà communiquée à un ami qui est en train de la réaliser
c) vous en avez plein, juste pas assez de temps pour les exploiter toutes
d) d’avoir mis du bleu là

Toutes ces petites piques sentent bon le vécu. C’est plus que sa vision du milieu du graphisme que partage avec nous Julia Coffre, c’est aussi son expérience, avec des travers que connait tout graphiste, que ce soit dans le cadre professionnel ou privé :

“Les personnes qui partagent votre logement (…) pourront bien comprendre que le livre que vous venez d’acheter et que vous ajoutez au bout de la cinquième étagère installée dans la cuisine – parce qu’il n’y a plus de place dans la salle de bain – vous est absolument in-dis-pen-sable.”

“Vous (…) acceptez de ne jamais recevoir immédiatement les photos en bonne définition, ni les textes définitifs – et ceux-ci jamais regroupés dans un seul courriel mais répartis sur une trentaine d’envois qui s’intituleront successivement : version_définitive, puis dernière_version_définitive et dernière_version_définitive_correction, etc.”

Avec la révélation de la check-list post projet de l’ouvrage, la complicité est à son comble, à tel point que j’ai bien envie d’inviter l’auteure à une session brainstorming afin de grignoter des bretzels et boire des bières (pas trop près du clavier, comme enseigné dans le guide). De toutes façons, une personne qui considère les bretzels comme équipement incontournable du graphiste et qui tourne doucement Google en dérision tout en critiquant les couchers de soleil ne peut être que la réincarnation du Christ. (alerte spoiler).

Plus d’un passage rassureront les plus débutants d’entre nous, surtout niveau relation-client. Les choses peuvent très bien se passer… si on sait à quoi s’attendre, pour peu qu’on se laisse prendre au jeu et qu’on prenne avec légèreté tous ces aléas tellement typiques du poste de graphiste.

Je ne dirai rien de plus, car l’ouvrage se lit très bien tout seul et comme dirait l’auteure : “Il est toujours préférable de donner le matériel de pêche plutôt que le poisson lui-même”.

Est-il nécessaire de souligner que l’ouvrage se termine par un point d’ironie ؟ *

Le manuel est consultable sur Issuu.

* Ceci n’est pas le point d’ironie que je voulais mettre, celui que je voulais mettre ne passe pas. Le voici en image :

point d'ironie

Tags:, , , , ,

Typographie, vous avez dit typographie..?

22 oct

Je viens de lire un article intéressant sur le blog Typomanie, tenu par Muriel Paris, graphiste-typographe, qui fait le point sur la différence entre typo de titre et de corps (de labeur) et comment les aborder. Elle fait référence à cette interview par l’équipe d’ Etapes de Jean-François Porchez, … j’ai envie d’écrire “typographe lui aussi”, mais… vous comprendrez pourquoi je ne sais plus trop quoi écrire après avoir regardé cette vidéo.

“Le plus petit dénominateur commun, ça devient le caractère typographique.”

Faites gaffe la prochaine fois où vous voudrez vous la jouer “je suis graphiste, tu vois”. Veillez à correctement utiliser les termes typographie, dessin de lettre, création de caractères, type designer, typographer, forme typographique, illustrateur, designer, caractère typographique, photo-composeur, fonte lors de vos futurs dîners mondains.

Et que je n’entende plus jamais le mot “police”.

Tags:, , , , ,

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.